27/11/2012

Climat: au Qatar, ça va chauffer !

Alors qu'en ce moment même, des dizaines de dirigeants nationaux, de diplomates, de représentants d'ONG et de journalistes convergent sur Doha pour le Sommet des Nations Unies pour les Changements Climatiques, le dernier rapport du Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE) montre qu'en matière de climat, les choses vont de mal en pis. Les émissions mondiales de gaz à effet de serre sont actuellement d'environ 50 gigatonnes d'équivalent CO2 (GtCO2e), soit de 20% supérieures à leur niveau de 2000 et, tout aussi préoccupant, déjà de 11% plus élevées que l'objectif visé en 2020 pour garantir un réchauffement mondial général limité à deux degrés (zone rouge du graphique ci-dessous). Au rythme actuel, les émissions atteindront 58 GtCO2e en 2020, soit 14 GtCO2e de plus qu'elles ne devraient être pour une hausse maximale de deux degrés de la température moyenne mondiale. 

Le problème vient du fait que, mis à part la Suisse et dans une certaine mesure l'Europe, les engagements pris par les Etats en matière de volume de réduction des émissions ne sont de loin pas suffisants. Le PNUE a examiné l'impact des promesses de réduction faites par différents pays depuis la conférence de Copenhague de 2009. Si les pays se limitent uniquement à respecter leurs engagements de base tout en tolérant de nombreuses dérogations, l'effet sera quasiment nul, l'éventuelle économie d'émissions n'étant alors que d'un GtCO2e par rapport au simple "laissez-faire" (cas A du graphique). Mais même si des mesures très ambitieuses assorties de règles strictes étaient mises en place, on n'atteindrait pas la moitié de l'objectif de réduction nécessaire pour limiter le réchauffement mondial à deux degrés (cas B), et d'ailleurs les émissions continueraient d'augmenter au-delà de 2020. 

Ces conclusions vont dans le même sens que celles de l'Agence internationale pour l'énergie dont il a été fait état la semaine dernière (cliquez ici). Or c'est bien dans ce contexte qu'en Suisse, la Loi sur le CO2 entre en vigueur le 1er janvier 2013: de toute évidence, à l'échelle mondiale, ses effets resteront malheureusement, pour dire le moins, limités. 

greenhouse.jpg

18:11 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

19/11/2012

L'énergie à l'horizon 2035, rapport de l'AIE: aïe, ça risque de faire mal !

Le très attendu rapport annuel de l'Agence internationale sur l'énergie (AIE) a été publié le 12 novembre 2012. Bien que notre presse locale s'en soit peu faite l'écho, il s'agit bel et bien d'une bombe, car ses projections diffèrent fondamentalement de celles d'il y a un an. Le nouveau facteur, largement imprévu, est la rapidité avec laquelle les Etats-Unis et le Canada investissent dans le pétrole et le gaz de schiste et, dans le cas du Canada, dans le pétrole extrait des sables bitumineux. A l'horizon 2020, les Etats-Unis deviendraient ainsi le premier producteur mondial de pétrole dépassant l'Arabie Saoudite et en deviendraient même un exportateur dès 2030. Dès 2017, les Etats-Unis dépasseraient la Russie pour devenir le premier producteur mondial de gaz.

Malgré l'augmentation de la part des énergies renouvelables dans la production d'électricité et malgré d'importants efforts consentis en matière d'économies d'énergie, le scénario de l'AIE prévoit que la demande pour l'énergie fossile continuera de croître significativement: alors qu'elle n'augmente que peu dans les pays de l'OCDE, elle augmente de 60% en Asie. Ainsi, à l'horizon 2035:

  • la demande en pétrole (y compris le gaz liquéfié assimilé), atteindra 99 mio de barils par jour soit une augmentation de près de 20%;
     
  • la demande en gaz augmentera de 50%, pour atteindre cinq mille milliards (trillions) de m3;
     
  • la Chine, la Corée, l'Inde et la Russie notamment, continueront d'investir dans des centrales nucléaires; toutefois, la Chine et l'Inde investiront principalement dans des centrales au charbon; résultat: une demande en charbon qui augmentera de 21%.

 

UMPP.jpg

Toujours selon le rapport de l'AIE, ceci aura pour conséquence que les émissions de gaz à effet de serre, actuellement de 31 gigatonnes (Gt), atteindront 37 Gt en 2035. On est donc très loin de la diminution de 20% par rapport à 1990 souhaitée par les différentes initiatives  dites de l'"après Kyoto", parmi lesquelles le "Plan climat" de l'Union européenne et, chez nous, la Loi sur le CO2 qui entrera en vigueur 1er janvier 2013.


 à g.: projet d'une des 12 centrales thermiques au charbon en Inde, chacune de puissance de 4 GW (soit dix fois Mühleberg...)

Cette augmentation des émissions pourrait provoquer à long terme une augmentation de la température moyenne mondiale de 3,6 degrés, dépassant donc très probablement le seuil de 2,0 degrés visé par les initiatives "après-Kyoto".

Des belles déclarations d'intention ont été faites en 2011 à Durban et seront sans doute répétées la semaine prochaine à Doha mais à l'échelle mondiale, l'Union européenne et la Suisse sont malheureusement encore très seules, introduisant des mesures peu suivies dans le reste du monde.

Sans que cela ne soit pour autant une raison de ne rien faire, nous devons rester lucides et modestes, en étant bien conscients que quoi qu'on fasse en Suisse, cela n'aura strictement aucun effet, ni sur les émissions mondiales de gaz à effet de serre, ni sur le réchauffement planétaire. Entre temps, nous nous donnons bonne conscience, nous améliorons notre image et nous montrons l'exemple à ceux qui voudront bien se donner la peine de s'y intéresser. La mobilisation mondiale, quant à elle, n'a malheureusement pas encore eu lieu. Elle devient urgente.


Sources: International Energy Agency:

http://www.iea.org/newsroomandevents/pressreleases/2012/n...

http://www.iea.org/multimedia/video/name,33413,en.html

14:35 Publié dans Développement durable | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook