19/11/2012

L'énergie à l'horizon 2035, rapport de l'AIE: aïe, ça risque de faire mal !

Le très attendu rapport annuel de l'Agence internationale sur l'énergie (AIE) a été publié le 12 novembre 2012. Bien que notre presse locale s'en soit peu faite l'écho, il s'agit bel et bien d'une bombe, car ses projections diffèrent fondamentalement de celles d'il y a un an. Le nouveau facteur, largement imprévu, est la rapidité avec laquelle les Etats-Unis et le Canada investissent dans le pétrole et le gaz de schiste et, dans le cas du Canada, dans le pétrole extrait des sables bitumineux. A l'horizon 2020, les Etats-Unis deviendraient ainsi le premier producteur mondial de pétrole dépassant l'Arabie Saoudite et en deviendraient même un exportateur dès 2030. Dès 2017, les Etats-Unis dépasseraient la Russie pour devenir le premier producteur mondial de gaz.

Malgré l'augmentation de la part des énergies renouvelables dans la production d'électricité et malgré d'importants efforts consentis en matière d'économies d'énergie, le scénario de l'AIE prévoit que la demande pour l'énergie fossile continuera de croître significativement: alors qu'elle n'augmente que peu dans les pays de l'OCDE, elle augmente de 60% en Asie. Ainsi, à l'horizon 2035:

  • la demande en pétrole (y compris le gaz liquéfié assimilé), atteindra 99 mio de barils par jour soit une augmentation de près de 20%;
     
  • la demande en gaz augmentera de 50%, pour atteindre cinq mille milliards (trillions) de m3;
     
  • la Chine, la Corée, l'Inde et la Russie notamment, continueront d'investir dans des centrales nucléaires; toutefois, la Chine et l'Inde investiront principalement dans des centrales au charbon; résultat: une demande en charbon qui augmentera de 21%.

 

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Toujours selon le rapport de l'AIE, ceci aura pour conséquence que les émissions de gaz à effet de serre, actuellement de 31 gigatonnes (Gt), atteindront 37 Gt en 2035. On est donc très loin de la diminution de 20% par rapport à 1990 souhaitée par les différentes initiatives  dites de l'"après Kyoto", parmi lesquelles le "Plan climat" de l'Union européenne et, chez nous, la Loi sur le CO2 qui entrera en vigueur 1er janvier 2013.


 à g.: projet d'une des 12 centrales thermiques au charbon en Inde, chacune de puissance de 4 GW (soit dix fois Mühleberg...)

Cette augmentation des émissions pourrait provoquer à long terme une augmentation de la température moyenne mondiale de 3,6 degrés, dépassant donc très probablement le seuil de 2,0 degrés visé par les initiatives "après-Kyoto".

Des belles déclarations d'intention ont été faites en 2011 à Durban et seront sans doute répétées la semaine prochaine à Doha mais à l'échelle mondiale, l'Union européenne et la Suisse sont malheureusement encore très seules, introduisant des mesures peu suivies dans le reste du monde.

Sans que cela ne soit pour autant une raison de ne rien faire, nous devons rester lucides et modestes, en étant bien conscients que quoi qu'on fasse en Suisse, cela n'aura strictement aucun effet, ni sur les émissions mondiales de gaz à effet de serre, ni sur le réchauffement planétaire. Entre temps, nous nous donnons bonne conscience, nous améliorons notre image et nous montrons l'exemple à ceux qui voudront bien se donner la peine de s'y intéresser. La mobilisation mondiale, quant à elle, n'a malheureusement pas encore eu lieu. Elle devient urgente.


Sources: International Energy Agency:

http://www.iea.org/newsroomandevents/pressreleases/2012/n...

http://www.iea.org/multimedia/video/name,33413,en.html

14:35 Publié dans Développement durable | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook

Commentaires

Si je peux me permettre, je vous conseille ce blog pour une lecture critique du rapport de l'AIE: http://petrole.blog.lemonde.fr/
Bien à vous!
Yoann

Écrit par : Dominique | 20/11/2012

Merci de me lire, Dominique, et merci pour le lien sur le blog d'Oil Man. Ce blog me paraît toutefois refléter un antiaméricanisme profond (j'en veux pour exemple l'usage de qualificatifs tels que l'"Oncle Sam"...) permettant de mettre en doute son objectivité. Il reflète également - et c'est peut-être là son but premier - une opposition franco-française à l'exploitation des hydrocarbures de schiste; or l'AIE ne prévoit que peu ou pas de gaz de schiste en Europe, notamment en raison des oppositions. En parlant des (méchantes?) sociétés pétrolières (capitalistes?) en Irak, il occulte le fait que le principal investisseur dans ce secteur du pays est...la Chine. Mais finalement, que ce soit l'Arabie Saoudite ou les US qui s’avéreront être le premier producteur mondial en 2020, cela reste une projection certes intéressante du point de vue géopolitique, mais qui importe peu en ce qui concerne mon principal propos tiré des conclusions de l'AIE, à savoir les émissions mondiales de gaz à effet de serre qui, loin de diminuer, vont augmenter.

Écrit par : Ashwani Singh | 20/11/2012

L'usage du terme "Oncle Sam" est signe d'un anti américanisme profond ? ... vous rendez-vous compte l'énormité de cette affirmation ... car cette expression est utilisée dans la majorité des media français à titre d'exemple.

Écrit par : Djinus | 20/11/2012

Djinius, j'ai parfois l'impression que la majorité des journalistes francophones (et français tout particulièrement) sont instinctivement anti-américains, mais quand bien même vous auriez raison sur ce point de détail avouez-le secondaire, ne nous écartons pas du point central, les émissions de gaz à effet de serre, qui ne feront vraisemblablement qu'augmenter, en tout cas jusqu'en 2035. Merci de me lire.

Écrit par : Ashwani Singh | 20/11/2012

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