04/10/2012

Constitution: votons oui et finissons-en !

J'ai voté oui. Sans enthousiasme. Par respect pour le travail des constituants. Par devoir civique. Par conscience qu'un refus du projet qui nous est présenté nécessitera probablement une répétition de tout l'exercice, fort coûteux, avec un résultat qui risque bien de ne pas être meilleur. Enfin, un facteur déterminant dans ma décision a été de lire les arguments saugrenus et fallacieux des opposants.



Les constituants dont les valeurs et les points de vue sont proches des miens étaient pourtant largement majoritaires. Ils auraient sans doute pu passer en force sur bon nombre de sujets. Je l'espérais. Ils ont préféré la voie du compromis et les compromis ne sont jamais enthousiasmants.

Ainsi, on se retrouve aujourd'hui avec une constitution trop longue, traitant de bon nombre de sujets qui n'ont rien à y faire. L'interdiction du nucléaire? Il est à tel point criant d'évidence qu'il n'y aura jamais de centrale nucléaire sur le territoire genevois pour se demander pourquoi il était encore nécessaire de le mentionner explicitement dans la Constitution. Mais c'est vrai que cela aurait pu être pire: on a au moins évité d'interdire la pédophilie, la traite des blanches et le travail des enfants, et de condamner au passage le génocide arménien et le régime syrien.

Il y a ensuite l'incontournable brassage d'air sur le développement durable, décrit…comme "nouveauté innovante"! Quant aux politiques propres à réduire les gaz à effet de serre, il est évident que les constituants n'ont pas pris connaissance de la nouvelle Loi fédérale sur le CO2 adoptée par le Parlement en décembre 2011, qui définit avec précision les tâches des cantons en la matière, et le fait d'évoquer le les gaz à effet de serre dans la Constitution genevoise n'est qu'une gesticulation de plus. Je passe sur les nombreux "droits" à ceci, à cela et à Dieu sait quoi encore, dont on se demande comment ils pourront être financés.

 J'aurais de loin préféré un projet nettement plus court car je reste convaincu que l'on peut évoquer les droits fondamentaux, les droits politiques et les règles d'élection et du fonctionnement de l'Etat, sans superflu et sans verbosité. Car c'est au fond bien de cela qu'il s'agit dans une Constitution. 


à d.: la constitution fédérale américaine date de 1789; elle n'a été amendée que 27 fois depuis, elle compte sept articles et reste toujours en vigueur

Pour conclure, je m'adresse dans ces lignes aux nombreuses personnes un peu déçues, un peu lasses et apathiques qui, comme je l'ai été moi-même, penchent vers l'abstentionnisme: votons "oui" car c'est probablement le moindre mal, puis passons à autre chose !

 

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Commentaires

Un chameau est un cheval conçu par un comité.

Écrit par : Chat_Touilleur | 05/10/2012

Voter oui par respect pour le travail des constituants, me semble un peu court comme argument pour se faire une opinion et voter oui.
Et pourtant, en comprenant la suite de votre billet, vous donniez là, des arguments pour voter non.
Bien à vous.

Écrit par : Benoît Marquis | 05/10/2012

@Benoît Marquis: je vous donne raison pour la première partie: j'aurais en effet pu mieux m'exprimer. Tenté par l’abstentionnisme, je vote notamment par respect pour les constituants. Ensuite, j'explique pourquoi ce projet ne suscite pas mon enthousiasme et donc pourquoi je vote un "oui" "mou" (malheureusement pas possible sur le bulletin de vote). Etant donné que bon nombre d'articles superflus ne sont finalement que du vent, ce n'est pas trop grave. J'aimerais qu'à Genève, on passe maintenant à autre chose. Merci de me lire.

Écrit par : Ashwani Singh | 05/10/2012

Vous auriez pu voter blanc dans ce cas, non ?

Écrit par : Benoît Marquis | 05/10/2012

L'existence d'un cout élevé pour la rédaction d'une nouvelle constitution était une donnée connue dès le départ ... et en tout cas pas une carte blanche pour rédiger un torchon qu'il faudrait accepter par résignation pour ne pas jeter par la fenêtre cette somme de travail.

C'est le processus même constituant qui est bancal, les athéniens auraient pu nous inspirer : http://www.le-message.org/

Écrit par : Djinus | 05/10/2012

@Djinius: je ne sais pas ce qui va se passer si le projet de constitution est refusé. La seule indication que j'ai trouvée à ce sujet sur le site de l'Etat (service de la législation, Chancellerie d'Etat) a la page http://www.ge.ch/legislation/faq/f/constituante.html est: "En cas de refus par le peuple, la révision totale aura échoué". Alors on laisse tomber "sine die"? On recommence? On amende la constitution actuelle? Faudrait juste savoir ce que l'on veut, car une constituante a été élue par le peuple pour rédiger un projet de nouvelle constitution, donc démocratiquement jugée nécessaire. Reconnaissons malgré tout sportivement à cette dernière quelques avancées, même si certains articles n'avaient rien à y faire, si certains sont du brassage d'air et si certains droits sont redondants avec ceux déjà précisés dans la constitution fédérale, C'est probablement le meilleur compromis possible et voter oui est peut-être le moindre mal.

Écrit par : Ashwani Singh | 08/10/2012

J'en reviens au "message" : si nos institutions ne sont pas capables de créer une assemblée constituante qui soit suffisamment éclairée et représentative et qui donne un texte rejeté par le Souverain ... et bien il faut se poser la question de la pertinence du mécanisme de formation de cette assemblée.

Je rappelle que nos institutions sont en délabrement complet ... et vous rappelle que le précédent ministre en charge du logement était président de la chambre immobilière !!!! On ne peut rêver mieux pour ne PAS défendre l'intérêt commun n'est-il pas ? C'est un peu comme si le ministre en charge de la santé exerçait précédemment comme directeur de SwissMedic ou du groupement des assurances maladie.

Je pense que c'est l'occasion rêvée d'améliorer notre démocratie semi-directe. Cela commence par le processus constituant.

Écrit par : Djinus | 08/10/2012

(j'en conviens, je suis pessimiste ... mieux vaut attendre le résultat pour continuer de débattre du sujet probablement ! Rendez-vous le 14 octobre.

Écrit par : Djinus | 08/10/2012

Si c'est "non", alors ce sera une "Genferei" de plus qui fera de nous la risée du reste de la Suisse et qui consolidera définitivement notre image de République bananière...

Écrit par : Chat_Touilleur | 08/10/2012

@Djinius: il y a les institutions, qui valent ce qu'elles valent, et il y a la culture politique, les usages et les traditions nulle part consignées par écrit. Par exemple le Conseil d'Etat est sensé gouverner de manière "collégiale", mais en réalité chaque membre gère son Département de manière plus ou moins autonome: "Touche pas à mon décastère et je ne toucherai pas au tien"; on n'y pratique pas le devoir d'ingérence. Quant au Ministre auquel vous faites référence, il a été démocratiquement élu. Son CV était connu et il n'y avait donc pas de tromperie sur la marchandise. C'est à lui-même de remplir sa mission avec l'éthique qu'exige sa fonction. Qu'ensuite les élus le fassent ou non en pratique n'a rien à voir avec une constitution. Sans référence à un quelconque cas particulier, j'aurais toutefois souhaité que la Constitution prévoie un mécanisme de destitution ("impeachment") des magistrats. Mais il serait déraisonnable de ma part de m'attendre à ce que tous mes souhaits eussent été remplis, et je me résigne donc à accepter le projet actuel.

Écrit par : Ashwani Singh | 08/10/2012

Concernant Mark Müller, je ne nie pas qu'il a été démocratiquement élu et que son CV était transparent ... mais quand même je trouve que ce fut un cas de conflit d'intérêt majeur entre son devoir de défense de l'intérêt public en temps que magistrat et son emploi précédent au sein d'un lobby immobilier.

Écrit par : Djinus | 08/10/2012

Le principal reproche fait à Mark Müller, c'est justement qu'il n'a...PAS ASSEZ CONSTRUIT !!!! Christian Grobet avait l'ASLOCA, Charles Beer était fonctionnaire au DIP...etc., la liste est longue des élus, soupçonnés et accusés en procès d'intention par une presse populaire, dans les blogs et autour des Stammtische des cafés du commerce d'être des "fantoches" de tel ou tel lobby. Ce qui importe pour moi c'est qu'ils connaissent leurs dossiers, se montrent impartial et défendent l'Intérêt public. Encore une fois, cela rien n'a voir avec la Constitution.

Écrit par : Ashwani Singh | 08/10/2012

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