25/04/2012

Merck-Serono: persiflage et Schadenfreude déplacés

Ces lignes s'adressent à tous ceux qui hurlent avec les loups et qui crient au scandale face à la fermeture du site genevois de Merck-Serono. On retrouve parmi eux certains qui sont sincèrement et profondément fâchés, d'autres qui le "savaient" tout au long et qui clament fièrement aujourd'hui qu'ils nous l'avaient "bien dit", d'autres encore qui s'en gloussent par Schadenfreude, enfin ceux qui y voient la preuve évidente de la nécessité d'une politique genevoise dirigée contre les multinationales. Bien sûr les salariés qui perdent leur emploi ont toute my sympathie.

Les attaques personnelles contre Ernesto Bertarelli vont bon train, manifestement fortement teintées de jalousie mais, quoi que certains puissent penser du personnage, ne sont-elles pas totalement hors propos? En effet, Serono a été vendu à Merck en 2006; cette dernière savait ce qu'elle achetait1, a évalué les risques liés aux facteurs impondérables et a pris une décision: c'est ainsi dans toute transaction. Il arrive parfois qu'on se soit trompé, qu'on ait mal évalué les risques et que la donne ait changé pour des raisons conjoncturelles, technologiques ou géopolitiques qu'on ne maîtrise pas. Il arrive parfois aussi que le nouvel acquéreur ait simplement mal géré l'objet acquis, car en six ans on peut faire pas mal de dégâts.

Le monde économique "mondialisé" est ainsi fait: les entreprises créent des implantations et embauchent du personnel et, à l'inverse, sont malheureusement amenées parfois à fermer, à délocaliser et à licencier: selon la période dans cycle de vie d'une implantation, on s'en réjouira ou on le regrettera.

Evitez toutefois s'il vous plaît de moraliser. La vie est pleine d'incertitudes et de changements: des proches nous quittent; les familles éclatent et se recomposent; certains quittent leur patron et l'entreprise, qui les a pourtant formés, pour un meilleur salaire chez un concurrent. Il serait bien irraisonnable et hypocrite de s'attendre à une sécurité absolue en matière d'emploi, car tout comme pour d'autres facteurs privés et sociaux, la relation d'emploi est teintée d'impondérables et d'imprévus.

Ayant moi-même été longtemps salarié de multnationales, y compris de certaines ayant quitté Genève, je réitère ma sympathie à ceux qui perdent leur emploi et leur souhaite d'en retrouver un rapidement; je reste toutefois convaincu que les multinationales sont indispensables à la prospérité de notre Cité. A nous alors de faire en sorte qu'elles continuent de trouver Genève attractive et qu'elles restent, au bilan, créatrices d'emploi et de richesse. Sans elles, nous ne pourrions pas nous permettre d'offrir des salaires médians de CHF 9000 aux fonctionnaires. Ne scions pas la branche sur laquelle on est assis.


1Du moment qu'il ne semble pas être question de comptes truqués ou d'arnaque

 

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Commentaires

Ils étaient où les pleurnicheurs lorsque disparaissaient tous les fleurons de l’industrie genevoise ?
En son temps par une larme à tirer de ces bobos urbains qui se réjouissaient des départs de

Sécheron, Ateliers des Charmilles, Tavaro, Instruments de Physique, Usine de dégrossissage d’or, Ed.Laurens, Laboratoires Sauter, les Compteurs Gardy.

Ma liste est bien incomplète. J’ai fait mon deuil de ces sociétés qui furent les vedettes de la cote à la bourse de Genève.

Alors que Merck-Serono parte ! Je ne vais pas verser la moindre larme car j’estime que la ville en trop fait pour cette société qui ne mérite nullement de survivre comme le furent les pharmaceutiques américains Syntex et Upjohn qui n’avaient plus aucun produit nouveau dans le pipeline.

Écrit par : Hypolithe | 26/04/2012

@Hypolithe: que Merck-Serono parte, ou en tout cas qu'on ne cherche pas à la retenir en lui offrant Dieu sait quels avantages encore, là entièrement d'accord avec vous. J'espère malgré tout que vous partagez my sympathie pour ceux qui perdent leur poste. Par contre la promotion économique est nécessaire et l'effort doit être constant et soutenu: Union Carbide, Amoco, BP ont certes disparu ou quitté Genève, mais DuPont, Caterpillar, Procter & Gamble, HP et d'autres sont venues et sont restées: c'est un monde qui bouge, d'autres viendront, certains partiront malgré les avantages qui leur auront été accordés, mais le bilan global sur la durée doit rester positif et je crois pour ma part qu'il l'est.

La disparition de l'industrie genevoise est un autre problème, qui m'attriste autant que vous. Comment les suisses allemands et allemands ont-ils su garder une industrie électro-mécanique notamment de niveau mondial? La chèreté de la main d'oeuvre n'est donc pas une excuse: alors erreurs de gestion, manque d'ambition, manque de vision ou vision "de comptable", héritiers plus intéressés à être avocat que chef d'entreprise (pourquoi ici et pas outre-Sarine?)...les causes sont nombreuses. Heureusement que nous avons encore l'horlogerie, Firmenich et Givaudan: ces dernières pourraient un jour être tentées de déménager leur siège à Singapour, alors gardons des conditions cadre atractives pour les entreprises, sachant que d'autres villes et pays oeuvrent constamment pour les attirer!

Écrit par : Ashwani Singh | 26/04/2012

Ce que Mme Salerno a omis (intentionnellement) de dire, c'est que c'est encore dans d'autres multinationales, déjà présentes ou à attirer à Genève, ainsi que dans le monde de la finance et du négoce que ces fameux "cols blancs" ont le plus de chances de retrouver un emploi.

Écrit par : chat_touilleur | 03/05/2012

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