21/12/2011

Une agriculture qui n'est PAS de proximité

Hier au Conseil municipal de Thônex, lors du débat sur le préavis communal relatif au Plan directeur cantonal, on a une fois de plus eu droit à l'éternel argument concernant la nécessité absolue de préserver la zone agricole, dont le caractère de "proximité" n'est pas mis en doute tant il va de soi, le corolaire étant qu'il faut inévitablement déclasser et densifier les zones villas, grandes gaspillatrices de terrains précieux.

Agriculture de "proximité"? Vraiment? Je m'adresse ici à ceux qui ânonnent ce slogan politiquement correct pour rappeler quelques vérités sur un sujet tabou, alors que toute la classe politique semble vouloir faire preuve d'une pensée unique dont Kim Jong-Il et Kim Il-Sung auraient été envieux et fiers.


Genève était autrefois un important producteur de fruits. Or depuis un siècle, les vergers ont été progressivement arrachés car trop intensifs en main d'œuvre et donc pas rentables. Ainsi aujourd'hui, les surfaces cultivées les plus importantes dans notre canton concernent le blé, le colza, le maïs et la betterave, denrées qui n'ont absolument aucun caractère de "proximité". Les moulins à grain, pressoirs d'huile ou encore raffineries de sucre les plus proches se trouvent fort loin. Sous nos contrées à climat tempéré, ces cultures intensives ont besoin d'un important apport en engrais, en herbicides et en pesticides (fongicides pour l'essentiel). Les engins agricoles (tracteurs, moissonneuses, arracheuses…) fonctionnent non pas à l'énergie solaire, mais bien avec un carburant polluant, le diesel[1]. La main d'oeuvre dont on a besoin dans le secteur n'a rien de la "proximité" non plus.

Les tracteurs se croisent au centre de Thônex

A toute saison, mais particulièrement pendant les périodes de récolte, les attelages fort bruyants de tracteurs avec remorques passent nuit et jour en plein centre urbain de Thônex[2] pour se rendre depuis le secteur d'Arve-et-Lac à la gare de la Praille car, selon les Papes de la mobilité, il n'y a pas d'autre itinéraire possible! D'autres communes densément peuplées se trouvent sans doute dans une situation comparable.

Santa Farmer2.jpgJe suis le premier à dire "oui" à notre vignoble qui produit aujourd'hui des vins de qualité[3] bien appréciés en premier lieu par les genevois, car c'est l'exemple même d'une agriculture de proximité; "oui" également aux maraîchers et aux éleveurs pour les mêmes raisons. Quant au reste, posons-nous la question: une zone agricole intouchable qui représente près de la moitié de la surface a-t-elle encore un sens en 2012 dans un canton comme Genève? Certains agriculteurs ne seraient probablement pas mécontents de voir leurs terrains déclassés!

 

Alors cessons de glorifier bêtement la zone agricole et ouvrons enfin un débat objectif sur le déclassement mesuré, sélectif et progressif d'une partie des terrains aujourd'hui totalement figés dans leur affectation à l'agriculture: on peut aimer les fleurs jaunes des champs de colza au printemps, mais cela n'a rien à voir avec une agriculture de "proximité".

Merci de m'avoir lu et Bonnes fêtes !

[1] Même si de gros efforts sont consentis actuellement pour les équiper de filtres à particules

[2] Avenues Tronchet et Jeandin notamment.

[3] On est bien loin de la "quille de gamay" des années septante et c'est tant mieux!

13:17 | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook

Commentaires

Laissez moi deviner : Vous habitez dans une zone villa ?

Écrit par : djinus | 21/12/2011

@Djinius: du tout, je vis en appartment dans le centre urbain de Thônex, dans une rue qui fait théroriquement partie du réseau secondaire mais sur laquelle passent sans cesse tracteurs et autres engins agricoles car ils n'ont pas d'autre choix!

Écrit par : Ashwani Singh | 21/12/2011

Cher Ashwani,

Je ne suis pas d'accord avec toi. En effet, sous prétexte que Genève ne possède pas de moulins pour les céréales ou de pressoirs à oléagineux ils ne faudrait pas en faire pousser à Genève. Sous-entendu, il faudrait planter uniquement du blé à Cossonnay, des betteraves en Argovie et du Colza à proximité des pressoirs.

Ceci est parfaitement contraire à une agriculture raisonnée, avec un peu moins de pesticides et d'engrais, qui prévoie la rotation des cultures.
Donc si on fait du blé à Cossonay pour une question d'un moulin à proximité, on DOIT obligatoirement y faire pousser les 3 (environ selon les rotations) autres années autre chose qui nécessitera aussi un transport dans le reste de la Suisse.

Or il est illusoire de vouloir construire des moulins industriels à Genève, pour des questions de rentabilité et de prix suisses déjà élevés par rapport aux coûts de production mondiale.

Il est vrai que devant chez toi, mais également devant chez moi, passent en automne des tracteurs qui se rendent à La Praille, mais au moins après ils prennent le train...

Ils y a bien d'autres raisons pour conserver de grandes cultures Genève, mais il faudrait plusieurs pages de ton blog pour en parler.

Amitié.

Écrit par : Philippe Calame | 22/12/2011

Cher Philippe,

Merci pour tes commentaires. Je ne suis pas en désaccord total avec toi car j'étais volontairement provocateur alors que tu as développé l'argument extrème opposé. Je persiste toutefois à être d'avis que ces cultures intensives (qui dépendent avant tout de subventions fédérales et d'une main d'oeuvre polonaise...) ont davantage leur place - si déjà... - dans le Gros-de-Vaud ou le Mittelland bernois qu'à Genève, où je ne préconise pas pour autant leur élimination mais bien une ouverture du débat sur leur réduction sélective et contrôlée de 5, 10 voire 15%. Il doit y avoir des statistiques (mea culpa, je ne les ai pas recherchées) sur la part des surfaces affectées aux différentes cultures dans le canton.

Je ne suis par contre pas du tout d'accord de sacrifier la zone villa sur l'autel sacro-saint du dogme de l'inviolabilité de la zone agricole, chassant ainsi les bons contribuables vers la France et le Canton de Vaud. Enfin, l'urbanisation progresssive déjà en cours dans notre commune et la région d'Arve-et-Lac mérite une mobilisation en faveur d'infrastructures routières (mesures d'évitement et de fluidification) car la situation est déjà catastrophique, sans attendre l'autoroute que nous verrons au mieux vers 2040...

Bien à toi

Écrit par : Ashwani Singh | 22/12/2011

La logique de l'agriculture de proximité, c'est de réduire l'impact carbone des déplacements, non ? Pourtant curieusement, l'impact carbone est dramatique si le produit vient disons d'Espagne, mais pas bien grave s'il doit se rendre en Argovie et en revenir... Certes l'Espagne est plus loin que l'Argovie, mais l'aller-retour fait quand même un bon demi-millier de kilomètres.
Gageons qu'il existe les installations nécessaires en Rhône-Alpes, nettement moins loin... Ah oui, mais c'est plus en Suisse... Ah bon, et c'est important du point de vue du bilan carbone ? Euh non, mais faut passer la frontière!
Par ailleurs, je ne suis pas un adversaire acharné du nucléaire, mais s'ils prennent le train, nos oléagineux, ils consomment forcément du courant électrique produit par exemple à Creys-Malville. Parce que dans les réseaux, le courant se mélange, qu'il est rigoureusement impossible d'en séparer les provenances et que le soi-disant courant écolo des SIG, c'est juste du vent...
Tout cela démontre s'il le fallait que toute cette histoire d'agriculture de proximité est juste une grosse arnaque marketing. Du marketing vert, certes, écolo-compatible, mais du marketing quand même. De la comm...

Écrit par : Rantanplan | 22/12/2011

@Rantanplan: la logique comprend aussi des aspects sympathiques tels par exemple que la mixité d'une part d'agriculteurs dans une population essentiellement constituée de cols-blancs, ainsi que le plaisir de pouvoir disposer de produits frais locaux si l'on veut bien se donner la peine de les chercher (et de les payer...) sur les marchés ou chez le producteur (ça concerne surtout les produits des maraîchers et des éleveurs). Quant au carbone, l'écobilan dervrait tenir compte de beaucoup de choses, à commencer par la façon dont vit l'agriculteur genevois ou suisse par rapport à l'espagnol, au brésilien, à l'africain ou à l'australien, ramené au kg de produit (type d'habitat, de voiture, de chalet, de consommation de carburants et de combustibles...); or le transport des denrées même sur des très longues distances, argument souvent monté en épingle, n'a qu'un impact très secondaire en comparaison, mais ça, on le dit pas ;-).

Écrit par : Ashwani Singh | 22/12/2011

Les commentaires sont fermés.