09/01/2011

"J'suis pas raciste, mais…"

Il y a quarante-cinq ans et quelques jours, un jeune collégien atterrissait à Cointrin, venant de l'Inde, pour rejoindre ses parents établis à Genève depuis peu. Comme tout étranger à l'époque, il a dû passer une radiographie des poumons au centre de contrôle de Cornavin, en attendant son tour dans une très longue file constituée majoritairement de jeunes provenant de pays méditerranéens, avec lesquels il a d'abord échangé quelques banalités, puis tout de suite sympathisé: il avait seize ans, les autres à peine plus. La communication se faisait surtout par le langage des signes et le sourire.


Parlant l'anglais et le hindi (beaucoup moins le français), faisant malgré tout partie de la "classe moyenne", inscrit à l'école internationale, fréquentant mes camardes et les enfants des collègues de mon père - alors salarié d'un cabinet multinational de révision comptable - je n'ai, il est vrai, que peu ressenti de xénophobie au quotidien, même si je portais un "drôle de nom" et était un peu plus "bronzé" que la moyenne de gens. Lorsque c'était toutefois le cas, cela s'exprimait surtout par des regards, des tons ou des propos  clairement méprisants mais qui ne franchissaient que rarement la barrière de l'insulte et contre lesquels on était par conséquent totalement impuissant. L'attitude bienveillante et paternaliste tout en étant légèrement condescendante que réservaient certains pour les gens originaires de pays du Sud devenait parfois également lourde à supporter. Les auteurs de cette xénophobie version "light" provenaient de toutes les couches sociales: personnel des TPG (alors CGTE), fonctionnaires de l'Office cantonal de population (alors Contrôle de l'habitant), douaniers à l'aéroport, petits commerçants, professeurs d'EPFL…

Mais la vraie xénophobie de l'époque des sixties était dirigée contre les étrangers provenant des pays méditerranéens, les "saisous" (saisonniers) pour la plupart, qui rentraient chez eux chaque année à Noël avec leur valise en carton et bien sûr l'incontournable ficelle autour, à qui l'on reprochait de s'agglutiner devant les entrées des grands magasins avec leurs chaussures pleines de boue et leurs sacs de chantier, de se rendre à quinze au rayon papeterie pour acheter une gomme, de se bagarrer au couteau, de s'entasser à dix dans un appartement et de ne jamais utiliser la baignoire car ils y engraissaient des cochons: il n'y avait même pas besoin de le vérifier, tellement ça se "savait", l'information étant véhiculée par des personnes qui introduisaient toujours leurs propos par le traditionnel "j'suis pas raciste, mais…"

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Retour sur 2011:

A une période où une partie de la population semble profondément atteinte d'une islamophobie viscérale et à qui le simple fait de voir une jeune femme portant le hijab donne des boutons, rappelons que la xénophobie ne date pas d'hier, que dans cent ans elle aura probablement pour cible les nouveaux immigrés extraterrestres et qu'elle n'est fort heureusement pas le sentiment de la majorité.

Alors j'ai un vœu pour 2011: qu'à Genève, l'on puisse simplement dire et sincèrement penser "j'suis pas raciste", sans le "mais".

Rêvons un instant et Bonne Année 2011 à tous.


à g.: d'ailleurs un hijab à l'indienne, je suis plutôt "pour". lol

 

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Commentaires

BRAVO!
Bien dit, bien écrit, et tellement vrai!
Bonne année à vous!

Écrit par : Lulu | 09/01/2011

Bravo! Bonne année et à bientôt.

Écrit par : Antoine Orsini | 10/01/2011

Comme c'est juste! L'histoire de l'humanité est un éternel recommencement. Merci pour votre billet.

Bonne année à vous et très bonne journée.

Écrit par : zakia | 10/01/2011

Le plus simple serait d'accepter le racisme comme une composante naturelle de tous les peuples, comme marqueur même du communautarisme. Parce que c'est drôle. On ne peut pas promouvoir une société multiculturelle morcelée dans laquelle chacun vit selon ses propres normes par rejet de celles du pays d'accueil, et accuser de racisme celui qui penses que les normes de sa société sont valables pour tous.

Et dites-moi ce qui est le plus raciste: Critiquer les normes totalitaires d'une religion, ou refuser que sa fille ne marie un non-musulman? Parce que ça c'est du racisme, le reste c'est un refus de la théocratie tout à fait légitime!

Alors si s'en prendre à une religion est du racisme, la gauche anticléricale est raciste, le libéraux anticléricaux aussi!

Écrit par : Carlitos de Unamuno | 10/01/2011

Et l'islamophobie est un faux problème crée de toute pièce par les islamistes pour cultiver l'idée que les musulmans sont brimés en Occident. Or ils y sont plus en sécurité que dans leurs propres pays! Que veut le peuple? Ils ne seraient pas en Occident sinon!

Écrit par : Carlitos de Unamuno | 10/01/2011

Quand j'entends les genevois râler contre les vaudois, qui eux râlent contre les valaisans ... je me dit que c'est pas pour demain que la xénophobie et le racisme disparaîtrons ...

A bon entendeur !

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 10/01/2011

Excellent billet!!

Bien dit!

Écrit par : Fatima | 15/01/2011

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