07/12/2010

La démagogie, la xénophobie, l'angélisme et la mollesse des arguments

On le sait depuis un peu plus d'un an: la majorité des Suisses ne sont pas xénophobes mais par contre mal à l'aise face à l'Islam de plus en plus présent et notamment à ses signes visibles tels que les femmes portant le hijab: craintes et incompréhensions qu'il faut laisser aux sociologues et psychologues le soin d'analyser. Quant aux criminels étrangers, le réflexe instinctif de quasiment toute la population - je vous l'avoue moi-même compris - est d'être ou d'avoir initialement été "pour" leur expulsion.


Les xénophobes - et il y en a certainement quelques-uns - avoués ou non -, n'ont eu aucune hésitation à voter en 2009 contre les minarets ou, en 2010, pour l'expulsion des criminels étrangers. Mais s'agissant de la partie importante de la majorité silencieuse qui leur a emboîté le pas, elle n'a de toute évidence pas été convaincue par la mollesse et la faiblesse des arguments des différents partis politiques - appelons-les "traditionnels".

Ce n'est pas en invoquant des arguments fondés sur les droits de l'homme ou l'amour du prochain - quels que puissent être leur valeur éthique ou morale - que l'on touchera la majorité silencieuse. C'est encore moins en citant des soi-disant "obligations internationales" ou notre appartenance à des organisations multilatérales. Ce n'est enfin surtout pas en noyant le citoyen sous des arguments techniques et juridiques, bien que cela soit souvent le réflexe naturel des nombreux juristes qui constituent les états-majors des partis politiques, peuplent les parlements et nous gouvernent. Si des initiatives populaires sont anticonstitutionnelles, elles n'ont pas à être soumises à la population. Si au contraire elles sont recevables, il ne faut pas alors proposer de contre-projets prétendument "dans le respect de la constitution".

Plus encore que les autres, les citoyens qui se disent de "centre-droite" - et je me compte parmi eux - se targuent de voter la tête froide et non par émotion ou sur des coups de cœur. Ils sont réceptifs aux arguments du coût, de la praticabilité et du bon sens. Était-ce si difficile que ça de leur expliquer que l'initiative "anti-minarets" - si tant est qu'elle fût constitutionnellement recevable - était inapplicable dès lors qu'il était impossible de définir ce qu'était un "minaret", et en exposant par là même le côté ridicule de l'initiative? (v. mon post de 2009  à ce sujet )

"Entre 60 et 80% des délits sont commis par des criminels étrangers et ceux-ci occupent jusqu’à 70% des places dans les prisons", déclare le Conseiller national UDC Hans Fehr. "C’est une disproportion qui n’est plus tolérable". Je ne vais pas chercher à contester ces chiffres ni la conclusion qu'en tire cet élu. Je ne m'attarderai pas non plus sur le subtil usage des mots selon lequel les "délits" sont apparemment commis par des "criminels". Mais c'est regrettable d'avoir omis de préciser qu'une grande proportion de ces délits sont effectivement commis par des étrangers non expulsables pour différentes raisons, dont premièrement celle de ne même pas bénéficier d'un titre de séjour, ce qui rend cette initiative probablement largement inutile mise à part la pub qu'elle a générée pour ses auteurs.

La criminalité en général et celle commise par les étrangers non expulsables en particulier est un vrai problème auquel il faut s'attaquer sans plus tarder par des mesures praticables et efficaces. Mais en attendant, combien d'étrangers aurions-nous pu réellement expulser ces dernières années en appliquant les critères mêmes de l'initiative? Certainement fort peu et ça, c'est un argument que je n'ai malheureusement pas entendu.


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Commentaires

Vous avez soulevé un point précis, la majorité des délits est commise par des étrangers sans titre de séjour venus illégalement ou grâce à Schengen comme les Roms de nationalité roumaine, les kosovars, des maghrébiens, des egyptiens, des palestiniens, des africains.... Mais s'ils n'ont pas de permis, ils ont des pays et des gouvernements. Que pensez-vous si le Conseil fédéral faisait pression sur eux ?

Écrit par : Demain | 12/12/2010

D'accord avec vous sur le fond, cher Demain, le CF devrait effectivement faire pression sur ces pays et j'ignore pour ma part s'il le fait ou pas. Mais que faire des sans papiers? Ou encore avec des ressortissants de pays où l'Etat est pour ainsi dire inexistant (Somalie, Tchad, Afghanistan, Libéria, Yémen...la liste est longue)? Un sans-papiers, on l'expulse où? Expulser un ressortissant d'un pays du Sud "X" qui par hasard a eu l'"élégance" de conserver ses papiers - c'est rare - ça coûte fort cher: affréter un jet privé pour aller loin, accompagner l'expulsé menotté par deux gardes, tout en courant le risque non nul de refoulement à l'arrivée ! La "racaille" (mot codé utilisé par certains pour désigner les jeunes français issus de l'immigration) reste avant tout française, sans titre de séjour mais pouvant, comme tout touriste européen, se rendre librement en Suisse le temps d'une soirée à l'ARENA, d'une visite chez des copains, d'un "deal" aux Jardins Anglais ou...d'un braquage ! Les empêcher de se rendre en Suisse? Sur quel base légale, comment et pourquoi? Notre frontière était très poreuse bien avant Schengen, ne l'oublions pas. La Suisse a signé l'adhésion à Schengen (d'ailleurs pendant que Christoph Blocher était Chef du Département de justice et police)…pour des raisons d'économies budgétaires! Les accords de Schengen ne s'appliquent pas à la Roumanie, mais la Suisse ne pouvait tout de même pas empêcher l'adhésion de la Roumaine à l'Union européenne, dont les ressortissants peuvent donc se rendre en Suisse sans visa. On le voit, il n'y pas de solution simple et rapide à un problème qui est pourtant bien vrai à l'échelle européenne, voire mondiale, et ce serait illusoire de croire que la Suisse pourrait y échapper.

Plutôt que de voter des initiatives populistes, électoralistes et inapplicables qui nous donnent une fausse impression de satisfaction et d'agir avec fermeté, il faut:

1. Des sanctions pénales réellement dissuasives: comment en est-on arrivé dans ce pays à un tel laxisme, à commencer les jours-amendes? Trop d'avocats dans nos parlements? Trop de sociologues qui "savent" mieux que le citoyen moyen?

2. Des policiers en nombre suffisant pour patouiller nos rues, être vus et être en mesure d'agir: or ça ne se fera pas en un jour: la sélection doit être sérieuse, la formation aussi, les échecs sont nombreux, il n'y a pas de "baguette magique" pour faire "apparaître" des milliers de policiers à partir de l'ectoplasme ambiant….

3. Une capacité suffisante dans les prisons et maisons d'arrêt, à construire en priorité pour un accueil basique, sans luxe, surtout sans que cela ne mette encore quatre ans pour 90 places à un coût de plus de 100 millions…

Des mesures qui demandent une vision à long terme, à planifier et mettre en œuvre dès maintenant avec cohérence et détermination.

Écrit par : Ashwani Singh | 13/12/2010

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